Les fouilles sur le site n'ont commencé qu'en 1994. Autant dire qu'elles ne font que commencer ! En yucatèque, Ek Balam signifie "Jaguar noir". La ville s’étendait sur 12 km² et était délimitée par trois grandes murailles à but défensif, mais contrôlant aussi l’accès aux étrangers et percées de cinq entrées d’où partaient des routes, les sacbeob, orientées exactement selon les quatre points cardinaux. On accède au site précisément par un sacbe [2]. Quarante-cinq structures ont été dégagées. A l'entrée, se trouve une arche reconstituée, El Arco Maya, qui est orientée selon les quatre points cardinaux. A droite de l'arche, se dressent d'une part le "Palais oval", sorte de petite pyramide semi circulaire, et deux petites pyramides jumelles. Un peu plus loin, on tombe sur les structures du terrain du "Jeu de pelote"[3]. Au nord, le plus grand bâtiment du site est appelé "Acropole", en raison de sa complexité, ou encore "La Torre" ("La Tour"). Il est divisé en plusieurs petites pièces reliées entre elles par d'innombrables escaliers et contient la tombe d'un souverain appelé Ukit Kan Le'k Tok. Haut de 31 mètres, long de 160 mètres et large de 70 mètres, c'est une des plus imposantes constructions du Yucatán. Olivier et moi en avons fait (prudemment) l'ascension. Du sommet, la vue est impressionnante car on ne voit sur 360° que de la forêt... Ek Balam aura été une excellente entrée en matière avant de visiter des sites beaucoup plus importants dans les jours à venir…
J'ai noté, à titre introductif, que, durant la seconde moitié de l'époque classique (600-900), le territoire maya était un ensemble d'entités politiques dirigées par des souverains qui utilisent le pouvoir militaire, l'écriture et les diverses formes d'art pour légitimer leur autorité. La société maya était très hiérarchisée avec, au sommet, un roi qui sert d'intermédiaire avec le monde des esprits, juste en dessous, les hauts dignitaires de la dynastie régnante, au troisième niveau, l'élite comprenant les nobles, les prêtres et les guerriers, au quatrième niveau, la classe moyenne des commerçants, artisans et artistes, enfin au bas de l'échelle sociale, les paysans, les esclaves et autres manœuvres.
Un des volets les plus déroutants de la civilisation maya concerne bien sûr les sacrifices humains, qui ont débuté au IVème siècle et se sont perpétués jusqu'à l'arrivée des Espagnols, faisant, selon des estimations établies par recoupements, environ trois millions de victimes ! "Le sacrifice humain est un acte cosmique. L'offrande du cœur et du sang des victimes est considérée comme la seule manière d'alimenter quotidiennement le Soleil et d'assurer la bonne marche de l'univers. Chaque lever de soleil est salué par la même scène : d'un rapide coup de couteau d'obsidienne, le prêtre incise la poitrine d'une victime, maintenue sur la pierre sacrificielle par ses auxiliaires, et lui arrache le cœur qui est ensuite présenté au soleil par l'officiant, mains levées vers le ciel. Le sang, recueilli dans une coupe en pierre, est versé sur les statues des dieux et dispersé dans les quatre directions de l'espace, afin d'abreuver toutes les puissances du cosmos". "Les victimes sont promises à une destinée enviable, celle d'accompagner le soleil dans sa course quotidienne, avant de revenir quatre ans plus tard sur terre sous l'aspect d'un papillon ou d'un colibri" ! "La mort n'est pas une fin, mais au contraire, le commencement d'une renaissance".
Nous sommes arrivés à Valladolid un peu avant 17 heures, c'est-à-dire un peu avant le coucher du soleil. Avec ses 38 000 habitants, elle est la deuxième ville de la région du Yucatán, la plus ancienne aussi (470 ans, puisqu'elle a été fondée le 28 mai 1543 par Francisco de Montejo, el Sobrino, le neveu du conquérant, sur l'ancienne ville maya de Zaci). Ayant été le théâtre de nombreux événements guerriers tout au long de son histoire, on la nomme également la "Ville héroïque". C'est ici que la Guerre des Castes a éclaté en 1847 et que la première étincelle de la Révolution mexicaine, le 4 juin 1910, s'est allumée. "Elle a conservé tout son charme provincial et sa saveur coloniale. Sur la place principale, les femmes indigènes, assises en rang en face de l'église offrent aux passants leurs broderies colorées, faites pour la plupart au traditionnel point de croix, et dans le magnifique parc planté de grands arbres fleuris et entouré d'une grille en fer forgé, on peut déguster des fruits fraîchement préparés, de délicieux amuse-gueule ou une friandise typique. Majestueuse, l'église de San Gervais surplombe la place. Elle fut construite avec les pierres des anciens temples mayas, comme ce fut le cas dans tout le Yucatán. Ainsi, au-dessus du portique, on peut apprécier, incorporé à l'architecture franciscaine, le corps sculpté d'un serpent maya".
Nous avons aussi vu la "fontaine-tableau" réalisée par des artistes locaux et inaugurée en février 2012, une œuvre pour le moins originale, qui ne déparerait pas dans le parc Guell à Barcelone ou dans la demeure du facteur Cheval ! Elle mêle le religieux et le profane avec des motifs et des formes très colorés.
Nous avons élu domicile à la Casa Quetzal, un hôtel de la 51ème rue, à proximité du vieux centre historique, qui allie confort et style colonial dans un cadre de verdure très agréable, et avons pris notre premier repas mexicain, vers 20 heures, au restaurant Coneto (47ème rue), qui passe pour avoir été un haut-lieu de réunion pour les révolutionnaires en 1910. La décoration est originale. Des statuettes religieuses voisinent avec des peintures murales psychédéliques
[1] La "Péninsule du Yucatán " est divisée en trois régions administratives : Quintana Roo (Cancún) qui couvre la partie Est, Yucatán (Mérida) au Nord-Nord-Ouest, Campeche (Campeche) au Sud-Sud-Ouest.
[2] Un sacbé (aussi appelé chemin blanc ; sacbeob au pluriel) est un chemin construit par les Mayas des Basses-Terres. Surélevé d'une cinquantaine de centimètres, entre deux murets remplis de cailloux, il est revêtu d'un mortier calcaire pour le protéger des intempéries. Le mot sacbé provient de sac qui signifie blanc et de be qui signifie chemin en langue maya
[3] Le "Jeu de pelote" était un rituel associé à la perpétuation du pouvoir réel et à la communication avec les autres mondes, un lieu où le temps se régénérait à travers le jeu et la mort des captifs. Dans chaque équipe, les joueurs en lice étaient sept au maximum et la alle était dans un caoutchouc assez dur.






















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire