J4 : Merida - Cuzama - Mayapan - Santa Elena




Alors que nous prenons notre petit-déjeuner au bord de la piscine de l'hotel, il est difficile d'imaginer que, dans chaque commune de France ou presque, des cérémonies ont eu lieu devant des monuments aux morts, que des gerbes ont été déposées et des minutes de silence observées, pour honorer une nouvelle fois les soldats de la Grande Guerre, par un temps souvent froid, humide ou brumeux ! Ici, la date du 11 novembre n'évoque rien et la température n'a rien à voir avec celle que nous connaissons en France en novembre… Chemisette (vite trempée par la sueur !) à toute heure !

Nous avons quitté Mérida vers 11 heures après qu'Olivier eut fait l'emplette d'une chemise et d'un pantalon traditionnels en cotonnade blanche made in Mexico, que nous ayons tiré un peu d'argent liquide et fait le plein du réservoir. Cela n'a l'air de rien, mais les distributeurs automatiques et l'usage de la carte visa ne sont pas aussi répandus dans cette région du Mexique qu'en France et les stations-services ne sont pas non plus légion en dehors des villes (dès que l'on quitte la ville on se trouve d'ailleurs dans la foret qui couvre l'essentiel de la péninsule...). Il faut donc prendre ses précautions. 160 kilomètres se sont ajoutés aujourd'hui aux 435 parcourus entre Cancún et Mérida.

Nous avons fait un bref arrêt à Acanceh, sur la plaza de las Tres Culturas qui associe les époques préhispanique, coloniale et contemporaine avec notamment la présence d'une petite pyramide, et poussé jusqu'àCuzama, un bourg à 40 kilomètres de Mérida. Dans ces deux bourgs, le mode de locomotion le plus utilisé pour les courtes distances, semble être le vélo-taxi et, de plus en plus, le motocyclette-taxi.

A trois kilomètres de Cuzama, une route mène au village de Chunkanan. Une haciendaproduisait du henequén. Les cultures sont depuis belle lurette à l'abandon. La nature a repris ses droits et les agaves sont noyées dans la végétation. La population s'est reconvertie dans "l'écotourismo" grâce à la présence de trois cénotes (Chelentún, Chak-Zinik et Bolom-Chojol). Les amateurs d'eaux cristallines sont transportés depuis le village jusqu'aux trois sites, à bord de wagonnets en bois, tirés par des petits chevaux qui trottinent sur l'ancienne voie servant autrefois à évacuer la production de sisal de l'hacienda. Le trajet a un petit goût d'aventure au milieu d'un tissu végétal très dense. Les charriots brinqueballent sur la voie et, comme celle-ci est unique, il faut parfois descendre le temps que le conducteur attache son cheval à un arbuste, soulève le wagonnet et le mette sur le bas-côté, afin de permettre au wagonnet arrivant en sens inverse de  passer. Par "convention de manœuvre", le charriot qui va sur les sites, a priorité sur celui qui en revient ! L'eau est à bonne température et il n'y avait pas foule quand nous avons fait quelques brasses sous une voûte couverte de stalactites.




L'autre temps fort de la journée a été la visite de Mayapán. Le site archéologique est certes moins impressionnant que celui de Chichén Itzá, mais il revêt une importance historique, car Mayapán est considérée comme la dernière grande capitale maya, liée à une des dernières grandes dynasties de la région. Les visiteurs sont rares, à peine une dizaine par jour. Arrivant en milieu d'après-midi, alors que d'inquiétants nuages noirs se rassemblaient au-dessus de nos têtes, nous avons eu la chance d'être seuls au milieu des ruines. Nous avons pu les parcourir tout à loisir dans le silence le plus total. Nous sommes montés au sommet du Castillo de Kukulkán, d'où le regard embrasse l'ensemble du site, au demeurant assez resserré et qui domine en particulier le Templo redondoqui rappelle un peu le Caracol de Chichen Itza.








Alors que nous avions repris la voiture, le hasard a voulu qu'en franchissant un nid de poule rempli d'eau en pleine zone forestière et alors que la végétation envahit la route déjà étroite, je roule sur un trousseau de clefs perdu à cet endroit loin de tout ! Bilan : un pneu crevé. Heureusement, un couple d'automobilistes compatissant nous ont dépannés en injectant dans le pneu une mousse qui nous a permis de remettre à demain la réparation !

   

    La végétation regagne vite du terrain...

Au-delà de Telchaquillo, Mucuyche et Abalá, nous avons visité, à la nuit tombante, l'ancienne hacienda San Pedro Ochil réhabilitée comme d'autres l'ont été et qui sont transformées en hôtels ou restaurants de charme. Celle-ci abrite, depuis 1998, un restaurant, un petit musée intéressant sur l'épopée du henequén(ou sisal) et une exposition d'artisanat mexicain. Les haciendas ont été une composante d'un système économique mis en place par les Espagnols au XVIème siècle. Leurs productions (produits agricoles ou manufacturés) étaient orientées vers l'exportation. Les haciendas du Yucatán ont conforté le système des castes fondé sur la race, avec les Mayas comme esclaves. La majorité des haciendas yucatèques ont reconverti leur activité à la fin du XIXèmesiècle pour se consacrer à la production de fibres de henequén, une plante de la famille des agaves. Le régime de Porfirio Diaz (fin XIXème siècle - début XXème siècle) est reconnu comme étant la période faste du sisal. Les haciendas en sont arrivées à former des communautés autonomes avec une vie économique, sociale et religieuse propre, réunissant jusqu'à 2 500 personnes et ayant leur propre monnaie. Elles se composaient d'une série de bâtiments : habitation des maîtres (même si ceux-ci vivaient en fait dans les grandes villes), maison du responsable local de l'hacienda ("el mayordomo"), locaux administratifs, granges, étables, locaux abritant les outils de production, système hydraulique, école, épicerie, infirmerie, église, prison et même cimetière… Les cheminées de ces grands domaines tranchent encore par endroit dans le paysage. C'est le cas d'Ochil. Le déclin a commencé en 1920 en raison de la concurrence d'autres pays et de l'apparition des fibres synthétiques. La culture de cette plante est désormais anecdotique, mais on trouve au Mexique des articles artisanaux exclusivement fabriqués à partir de cette fibre et dont les plus connus sont les hamacs ou les cloches de sisalou de parasisal pour fabriquer les chapeaux. 






Au-delà de Muna, alors que la nuit était tombée, nous avons "essuyé" une pluie diluvienne, digne des pluies tropicales, soudaines et violentes, qui a cessé, par chance, au moment où nous avons atteint le village de Santa Elena (à proximité d'Uxmal). Il est connu dans le Yucatán pour avoir été rasé en 1847 lors de la Guerre des castes. Nous nous sommes installés à l'hôtel "The Pickled Onion", dont la propriétaire est une Anglaise pittoresque, bavarde comme une pie, mais charmante, Valérie Pickles. Comme àValladolid, nous occupons une "cabanas" en adobe avec un toit en palapa[1] qui assure la fraîcheur à la chambre. J'ai testé un nouveau plat mexicain, le poc chuc qui est du porc mariné, servi sur un lit de salade avec des oignons grillés, de l'avocat, de la purée de haricots rouges, du coriandre, le tout accompagné de la fameuse sauce verte dont il faut user avec modération, car elle emporte généralement la bouche.

   Juste avant l'orage, le ciel s'obscurcit soudainement...



[1] toit de chaume ou de feuilles de palmier.

[2] Un chultun (pluriel : chultuns, pluriel maya : chultunob' et pluriel espagnol : chultunes ) est une chambre de dépôt souterraine en forme de bouteille construite par les Mayas. Les chultuns sont construits dans des endroits où il n’y a pas de cénotes, comme dans la région Puuc où la nappe phréatique se situe à 30 mètres de profondeur. Leurs entrées étaient entourées par des plates-formes plâtrées pour récolter un maximum d’eaux pendant la saison des pluies. Ils devaient servir comme citernes d’eau potable. Ils étaient aussi utilisés pour le stockage des denrées alimentaires périssables ou la fermentation de boissons alcooliques. Quand un chultunn’était plus utilisable (fuite ou vieillissement naturel ?), il était transformé en dépotoir ou en tombe. Les chultunob’constituent donc une double source d’informations sur la vie et la mort des anciens Mayas. Les Mayas auraient utilisé des tortues aquatiques pour nettoyer un chultun de la vermine qui aurait pu s’y développer. À cet effet, ils auraient fait jeûner les tortues avant de les introduire dans le chultun.


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