La présence d'une cité maya à cet endroit s'explique par celle de deux cénotes[1] qui constituaient un trésor inestimable dans cette région dépourvue d'eau douce. Son nom vient d'ailleurs de cette source d'eau souterraine : Chi signifie "bouche" et Chén, "puits". Itzá ("sorcier de l'eau" en yucathèque) est le nom du groupe qui, selon les sources ethnohistoriques, constituait la classe dirigeante de la cité. Contrairement à Ek Balam, Chichén Itzá fait l'objet de recherches archéologiques de longue date[2].
La rationalisation des tâches n'est apparemment pas (encore) à l'ordre du jour au Mexique. En effet, le visiteur doit acquitter deux droits d'entrée pour accéder au site, l'un tombe dans l'escarcelle de l'Etat du Yucatán, l'autre dans celle de l'INAH (Instituto Nacional de Antropologia e Historia). Jusqu'ici, rien d'anormal, mais au lieu que ces droits fassent l'objet d'un paiement global suivi ensuite d'une répartition entre les deux bénéficiaires, tout est doublé : deux billetteries, deux contrôles ensuite bien distincts ! Une manière comme une autre de lutter contre le chômage…
Une fois franchis le double obstacle, le visiteur commence par passer en revue d'innombrables étals de souvenirs qui s'échelonnent le long du chemin et qu'on retrouve ensuite un peu partout sur le site : les mêmes tee-shirts, les mêmes vêtements féminins très colorés, les mêmes masques, les mêmes statuettes et les mêmes bibelots sans grand intérêt ! Il parvient bientôt à un vaste espace où se dressent les premières "structures" et ne peut qu'être saisi par cet ensemble imposant.
En fait, deux secteurs à l'architecture fort différente coexistent : le secteur sud, parfois appelé "Vieux Chichen", et un secteur nord, parfois appelé "Nouveau Chichen", aux bâtiments plus imposants. Ces appellations renvoient à une approche qui voit les deux styles se succéder dans le temps. Le secteur nord est dédié au dieu Kukulkán, le Serpent à plumes. Il est composé de nombreux édifices dont les plus importants sont la Grande pyramide (pas celle de Blake et Mortimer), baptisée le Castillo par les Espagnols, l'Observatoire ou Caracol ("l'escargot" en espagnol, en raison d'un escalier en colimaçon), le Grand Terrain de jeu de balle, le Cénote sacré, l'Ossuaire ou Tombe du Grand Prêtre (Osario), le Groupe des mille colonnes, le Temple des Guerriers, le Tzompantli,construction à vocation rituelle, servant à exalter la mort en tant que passage vers une nouvelle vie, où étaient entassés les crânes des sacrifiés (brrrrh !). Le secteur sud est composé d'édifices plus modestes : la Casa Colorada, la Casa del Venado, l'Eglise (l'Iglesia) et le Quadrilatère des Nonnes (ainsi baptisé par les Conquistadoresparce que la structure ressemblait à un couvent). En de nombreux endroits, on peut déceler des traces de peinture qui révèlent que, contrairement à l’aspect uniformément gris que revêt le site de nos jours, il avait été autrefois peint dans des couleurs vives.
L'édifice le plus important et le plus spectaculaire du site est incontestablement le Castillo. Avec une hauteur de 24 mètres du sol à la plateforme supérieure, elle n'est pas la plus haute de la région (celle d'Uxmal est, paraît-il, haute de 40 m), mais c'est celle qui est dans le meilleur état de conservation. On ne peut plus y monter depuis 2007, à la suite de plusieurs accidents mortels (il ne faut pas rater une marche car il n'y a rien pour se rattraper, ni sujet à des vertiges !). Ce n'est pas plus mal pour la conservation du lieu et… pour le photographier sans intrus… Revers de la médaille, on n'accède plus au petit temple qui couronne l'édifice et qui contient le trône de pierre sculpté en forme de jaguar aux yeux de jade auquel fait face le fameux chac-mool[3]. La pyramide a une base carrée et une vocation calendaire, la civilisation maya étant parvenue à allier des connaissances astronomiques et un réel savoir-faire architectural. Ainsi, la pyramide présente quatre faces chacune divisée en neuf plateaux et portant quatre escaliers ayant chacune 90 marches. L’orientation et la construction de la pyramide sont telles qu'au moment précis des équinoxes de printemps et d'automne, le soleil produit avec les arêtes de la pyramide une ombre portée qui fait croire que les grosses têtes de serpents au pied des escaliers de la pyramide sont prolongées par le corps ondulé d'un serpent, qui n'est autre que le dieu Kukulkán ou "Serpent à plumes". La seule face différente de toutes les autres est la face nord, qui comporte deux petites ouvertures sur le côté. Lorsque l'on frappe des mains depuis l'esplanade, l'écho est étonnant.
Après avoir arpenté le site prendant deux bonnes heures et demie, avoir bien sué en raison de l'atmosphère moite, pris de nombreuses photos et avoir vu grossir progressivement le nombre des touristes transportés par une cohorte de bus, nous avons fait un saut de puce en voiture (3 kilomètres) jusqu'au cénote de Ik-Kil. Il est profond d'une trentaine de mètres. On accède au niveau de l'eau par un escalier creusé dans la terre et on peut s'y baigner dans une eau bien tempérée. Cela a un côté magique d'apercevoir tout en haut la trouée et un peu de ciel, de nager en contournant les lianes qui tombent des lèvres de l'orifice, tout en sachant qu'il y a encore sous soi, une profondeur de 50 mètres d'eau !
Troisième étape de la journée, Izamal est une ville de 26 000 habitants, à 72 kilomètres à l'est de Mérida, qui s'est développée, après la conquête espagnole du Yucatán, à partir du sommet de l'ancienne cité maya où un imposant monastère franciscain dédié à Saint-Antoine de Padoue a été construit entre 1553 et 1561, en utilisant de nombreuses pierres d'un temple pré-colombienne pré-existant. Elle se vante de n'avoir ni feux tricolores, ni banques (tout juste un distributeur automatique), ni deux roues pétaradants, ni grandes chaînes d'hôtels et de restaurants, et surtout pas de pollution. De fait, le charme joue lorsqu'on arrive, en découvrant une cité sans véritables immeubles, d'architecture coloniale, dont tous les bâtiments et habitations dans le vieux centre sont peints en jaune ocre. Vu l'heure très… espagnole (14 heures 30) où nous sommes arrivés, l'estomac creux, nous avons commencé par tester la cuisine locale en dégustant sous des arcades de la place principale, deux plats typiques, des panuchos (tortillas de maïs frites, avec poulet, oignons et tomates) et des papadzules (tacos d'œufs durs avec une crème spéciale et des tomates). La pluie ne nous a pas permis de sillonner ensuite tranquillement les rues. Nous nous sommes réfugiés dans l'église du couvent où nous avons assisté au début d'une célébration d'actions de grâce réunissant des groupements agricoles, nombre d'enfants et de femmes en habits traditionnels très colorés et très élégants.
Nous avons atteint Merida, la "capitale" de l'Etat du Yucatán, vers 17 heures et nous sommes installés dans un charmant petit hôtel du centre ville avec patio et piscine, l'hôtel Media Mundo. En parcourant les rues du centre à l'heure du dîner, nous sommes tombés sous le charme d'une ville pleine de vie à l'architecture très riche.
[2] Au milieu du XIXème siècle, Chichén Itzá fut exploré par John Lloyd Strphens et Frederick Catherwood. En 1894, Edward Herbert Thompson fit l'acquisition de la plantation sur laquelle se trouvait le site. Il fut le premier à remonter des artefacts maya à la surface du cenote (1904), d'abord en le draguant, ensuite en plongeant en scaphandre.
[3] Ce nom éminemment fantaisiste dû à un archéologue, signifie "grand jaguar rouge" en maya yucatèque. La sculpture reproduite dans la plupart des guides touristiques, représente un homme couché, s'appuyant sur ses coudes, les jambes repliées et la tête tournée à 90° vers le côté. Il tient un plateau sur le ventre, sur lequel on déposait à titre d'offrandes le cœur des victimes sacrificielles.

























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