J8 : Xpujil - Calakmul - Laguna de Bacalar

Le sol autour de notre paillote et dans l'ensemble du campement était encore détrempé à la suite de l'orage d'hier soir, lorsque nous sommes sortis prendre le petit-déjeuner vers 8 heures, valises chargées, prêts à partir ensuite avec, comme objectif, la zone archéologique de Calakmul. Sans être aussi "confidentielle" que certains sites, elle reste fréquentée surtout par des passionnés de la civilisation maya. Il faut aussi reconnaître que c'est toute une expédition pour y parvenir. On quitte la route principale Est-Ouest Chetumal-Xpujil-Escarcega à hauteur d'un village nommé Conhuas pour s'engager, moyennant un péage, sur une route en pleine forêt, tracée tout spécialement pour accéder au site (et pour laquelle il faut payer un droit d'acces), distant encore de 60 kilomètres. Les vingt premiers kilomètres ne posent guère de problèmes. On arrive alors à un musée (hélas fermé) et à un poste de contrôle (hélas ouvert), où les visiteurs doivent acquitter une nouvelle taxe au titre de la protection de la biosphère [1] ! Les quarante kilomètres suivants sont plus éprouvants. La route est étroite, sinueuse et truffée de trous remplis d'eau. Heureusement, des dindes sauvages au plumage chatouaillant, sont là pour mettre un peu d'animation. On peut les surprendre par petits groupes, cheminant sur la route ou picorant deci-delà sur les bas côtés. Mais elles ne se laissent pas facilement approcher, encore moins photographier, préférant se réfugier très rapidement dans les fourrés.


Une fois le parking atteint et le droit d'entrée acquitté (troisième contrôle), restent environ une bonne demie-heure de marche à pied pour accéder aux ruines sur un sentier bien balisé et bien entretenu. 

Rien que cette balade au coeur de la forêt tropicale peut justifier le déplacement ! Des panneaux renseignent les visiteurs sur les espèces végétales les plus courantes [2], sur les félins (5 des 6 espèces rencontrées au Mexique [3]), les mammifères (notamment les singes), les reptiles (dont des boas) et les oiseaux (235 espèces) vivant dans cette forêt imprégnée d'humidité où un maquis de plantes se développe sous les arbres. Il y a aussi de très beaux papillons. 

Olivier ne savait plus où donner de l'objectif, tant il y avait de sources d'inspiration, notamment des écorces d'arbres originales. 












Ce milieu très humide et ombragé favorise également le développement de nombreuses plantes épiphytes [4] présentes sur presque chaque arbre



Par chance, nous n'avons pas croisé de reptiles, mais vu (et entendu car certains sont "hurleurs" !) pas mal de singes dans les arbres, des oiseaux (toucans ou autres). Nous avons aussi eu à faire aux moustiques dont la virulence n'est plus à démontrer et qui ont profité du fait que je ne les entende plus arriver pour s'en prendre particulièrement à mes mollets et à mon cou…




Pour ce qui est de Calakmul à proprement parler, la ville située dans la région de Péten, à quelques kilomètres de l'actuel Guatémala, a été un centre urbain préhispanique majeur dans le monde maya, capitale d'un Etat de 13 000 km². Elle s'étalait sur environ 70 km² et plus de 6000 "structures" ont été repérées. On n'accède aujourd'hui qu'au cœur de la cité qui ne couvre que 1 km² ! L'âge d'or commence autour de 600 après J.C. grâce à la montée en puissance de l'une des grandes lignées du royaume du serpent, le Yuknoom et à l'effondrement d'un royaume voisin, le Naranjo, dont le roi vaincu et fait prisonnier, aurait eu une fin assez répandue à l'époque, être torturé et/ou mangé. Son vainqueur est un certain Yuknoom Ch'en II, mieux connu (mais pas dans nos livres d'histoire !) comme Yuknoom le Grand (636-686 ap. J.C.). Le nombre de stèles commémoratives ("estelas commemorativas") qui lui sont consacrées, laisse penser qu'il fut un grand bâtisseur et un chef de guerre respecté qui assura la suprématie de Calakmul sur la cité rivale de Tikal. A sa mort, son fils aîné lui succède sous le nom de Jaguar PawLa cité très représentative de la période classique maya[5], connaîtra encore de beaux jours, mais son déclin irrémédiable date du tout début du Xème siècle. Pendant des siècles, la forêt tropicale gardera le secret de l'existence de Calakmul jusqu'en 1930, année où elle fut découverte par un botaniste (on se demande bien comment, tant la forêt est uniformément dense !). Les véritables investigations des archéologues datent seulement des années 90.

Le circuit aménagé dans les ruines permet de longer des éléments de la muraille de pierre très épaisse et de voir les principales "structures", notamment les acropoles. 

Nous avons fait l'ascension des deux "structures" pyramidales les plus importantes, la première de 104 marches, la seconde, la plus imposante (140 m x 140 m de base et 55 m de haut), de 144 marches. Contrairement à certains sites, l'exercice n'est pas interdit, il est simplement indiqué qu'il se fait "aux risques et périls" de ceux qui l'entreprennent. Ce n'est pas tant la montée qui est périlleuse, même si les marches sont souvent hautes et usées, que la descente, car les marches sont étroites, parfois glissantes et tout une question d'équilibre (autant dire que je redouble d'attention en ce moment !). La vue des sommets qui émergent de la canopée s'étendant à 360° et à perte de vue est splendide.


Peu après Xpujil, nous avons quitté l'Etat de Campeche et son réseau routier qui nous a laissés perplexes. Dans l'ensemble, le trafic est pour le moins très fluide : certains axes semblent déserts. Les responsables de la sécurité routière n'ont pourtant pas lésiné. Outre des panneaux prévenant de la présence d'animaux, d'autres multiplient les mises en garde aux conducteurs dans les domaines les plus variés [6], mais ils sont si nombreux (parfois tous les deux cents mètres en pleine zone forestière) et si souvent redondants (les deux mêmes à très peu de distance) qu'on se demande s'il n'y a pas eu un marché public juteux pour certains (un cousin de gouverneur a peu être une entreprise de fabrication de panneaux...), mis en œuvre en dépit du bon sens. 



   D'autres panneaux sont insolites...

Dans le même temps, le même effort ne semble pas se retrouver dans l'entretien de chaussées souvent très dégradées. La multiplication des nids de poule rend la circulation dangereuse, surtout à la nuit tombée et par temps de pluie. De plus, par endroits, on l'a vu, la végétation gagne rapidement du terrain dès lors que les bas-côtés ne sont pas défrichés très régulièrement. Or ce défrichage, quand il est entrepris, reste largement manuel, à la serpe et à la machette ! C'est bon pour lutter contre le chomage, moins en termes d'efficacité… Ce qui laisse perplexe c'est que, dès la limite franchie entre l'Etat de Campeche et celui de Quintana Roo, les panneaux ont disparu et la chaussée s'est révélée de bien meilleure qualité.

Nous sommes arrivés en fin d'après-midi, à la nuit tombée et sous la pluie (pour ne pas changer nos habitudes) dans un endroit fort sympathique, le Rancho Encantado, à quatre kilomètres de Bacalar, dont les paillotes spacieuses et très confortables sont construites au bord d'une lagune. Belize est à quelques encablures (une vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau).



[1] Calakmul est au cœur d'une région éponyme de protection de la biosphère.

[2] espèces maderables (mora, coroz, cedro, caoba, guaycán, palo de tinte), industriales (chicozapote, hule), frutales (zapote negro, nance, mamey, ciricoto, guaya).

[3] Yaguarundi ou leoncillo, tigrillo ou Margay, ocelote, puma, jaguar.

[4] plantes de zones tropicales qui poussent sur d'autres sans être pour autant parasites (leurs hôtes ne leur servent que de support).

[5] Chronologie : pré-classique de 2000 av. J.C. à 300 ap. J.C. ; classique de 300 à 900 (dont classique tardif de 600 à 900) ; post-classique de 900 à 1500.

[6] Quelques exemples : "obedezca las siñales" ("respectez la signalisation"), "no rebase la linea continua" ("ne pas franchir la ligne continue"), "conceda cambio de luces" ("adaptez vos phares"), "maneje con precaution, su famila le espera" ("conduisez prudemment, votre famille vous attend"), "usa en cinturon salva tu vida" ("mettre sa ceinture de sécurité sauve la vie"), "un camino limpio es mas seguro" ("une route propre est plus sûre") et "last but not least", "no maltrate las siñales" ("ne dégradez pas les panneaux")

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